mardi 27 août 2013

Pourquoi l’offre faite par Ghanouchi a Caid Essebsi est elle dangereuse ?

Pourquoi l’offre faite par Ghanouchi a Caid Essebsi est elle dangereuse ?

Plus de 1000 personnes tuées et plus de 2000 (on parle de 8000) partisans des partis islamistes arrêtés en Egypte
Les islamistes hier au pouvoir, reprennent leurs vieux reflexes et vivent de nouveau dans la clandestinité évitant les moyens d’interception de leurs conversations téléphoniques ou courriers électroniques de la part de l’armée
Si cette situation est désolante et déplorable, il n’en demeure pas moins, que j’aimerai faire un parallèle suite aux derniers évènements politiques qui ont eu lieu chez nous
Rached Ghanouchi, lors de sa dernière allocution télévisée sur une chaine connue pour être proche de Nida Tounes, et suite aux mots enjoliveurs qu’il n’a cessé d’avoir vis a vis de son ennemi d’hier, a opté, a mon sens, pour un changement de stratégie suite, justement, a ces évènements vécus en Egypte et des risques que peuvent encourir les islamistes chez nous si jamais ils quittaient le pouvoir contraints par une révolte populaire soutenue éventuellement par les forces armées du pays… même si ce scénario  semble très éloigné chez nous
S’il est vrai que ce rapprochement hors nature, pourrait peut être contribuer a apporter une certaine accalmie au pays et lui éviter un scénario violent, il n’en demeure pas moins que cette action est une seconde usurpation de ce que nous avons cru, naïvement, être une révolution puisque les forces politiques qui ont véritablement combattu les régimes autoritaires successifs de Bourguiba et de Ben Ali, se retrouvent en dehors de ce paysage, ou du moins feraient partie du décors.. du moins dans la configuration actuelle des alliances qui sont en train de se construire.
Ma lecture des évènements, m’amène a penser que Rached Ghanouchi n’a pas du tout opté de gaieté de cœur, pour ce choix très douloureux pour lui et qui va a l’encontre même de son rêve ni dans l’intérêt du pays, mais dans son propre intérêt et celui de la confrérie déjà très grandement fragilisée en Egypte
Ghanouchi et son état major ont un projet pour la Tunisie et ce projet n’est pas civil
Nous les avons vu contrer, lors de la rédaction de la constitution, tout ce qui avait trait aux libertés, aux égalités et aux notions fondamentales de la République
Et s’ils ont cédé sur plusieurs sujets et notamment la Charia, c’est a chaque fois sous la pression populaire et celle de la communauté internationale qui faisait miroiter la fermeture des robinets (tiens, l’eau ?)
Pour moi, le cheikh, ne fait que reculer pour mieux sauter plus tard
Son action vise a encore mieux organiser ses troupes, avoir une meilleure maitrise du fonctionnement de la police, de l’armée et de l’administration, en vue de mieux les contrôler et se les aliéner. Objectif qu’il est encore loin d’avoir atteint
Je pense, et j’espère, que Beji Caid Essebsi est conscient de cela et en tient compte dans ses calculs dans l’éventualité de ce rapprochement qui se dessine encore d’avantage chaque jour.
La sortie de crise, passe inévitablement par des concessions.
Il en est ainsi de n’importe quelle crise
Mais si le prix a payer pour Ennahdha est de quitter le gouvernement et en même temps garder le contrôle de l’Assemblée et des différents postes qu’elle occupe actuellement au sein de l’administration, la il est indéniable qu’ils auront un répit pour mieux instaurer leur système hégémonique plus tard
Faire confiance a Ennahdha avec ses différentes composantes allant de l’islamiste de base au salafiste Jihadiste est un risque que les progressistes tunisiens ne devraient pas prendre sans s’assurer du mode de fonctionnement des différentes institutions du pays, sans avoir liquidé et de manière définitive ces Ligues de Protection de la Révolution, s’assurer de la neutralité des mosquées et en faire des lieus réservés uniquement au culte, et sans avoir vidé l’administration de ces centaines de responsables qui ne doivent leur présence aux postes qu’ils occupent que juste parce qu’ils sont fidèles a Ennahdha
Cela fait des dizaines d’années que les islamistes attendent ce moment
Ce n’est pas lorsqu’ils ont atteint le pouvoir, de manière démocratique de surcroit, qu’ils laisseront tomber leur projet
Il ne s’agit en tous les cas pas de sortir d’une crise, pour se retrouver a la fin prisonnier d’un système hégémonique dont le référentiel est un livre sacré qu’ils s’amusent a interpréter au gré des besoins du moment